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Archives de Catégorie B.D.

ATTENTION OVNI!

Que dire hormis que ce comic-strip pourrait créer une catégorie à lui seul, l’onirique-strip? 
Si vous aimez la poésie, le surréalisme, prenez le bus. Les autres, empruntez plutôt le métro!

Paul Kirchner a réalisé ces vignettes dans les années 70 pour le magazine américain Heavy Metal. Sans but. Sans idées préconçues. Si ce n’est la vie d’un bus. 
Les dessins, très sobres, noirs et blancs, sans texte, contrebalancent les courts scénarii complètement absurdes et décalés.

Amateurs de Dali et Magritte, vous apprécierez les situations ubuesques. Les attaques de crabes-araignées géants, les avalanches de bus sans oublier le manifeste du parti co-bussiste de Karl Barx.

Il m’est extrêmement difficile de parler de cette bande dessinée. J’aime bien, tout en trouvant ça extrêmement étrange (et invendable, même par le libraire le plus chevronné).
Le mieux est que vous y jetiez vous-même un coup d’oeil. En attendant le bus

Le bus de Paul Kirchner
Editions Tanibis, 2012
9782848410203
82p., 15€

Un article de Clarice Darling

S’il y a bien une femme en avance sur son temps, c’est Olympe de Gouges. Si vous ne connaissez pas l’histoire fabuleuse de cette femme exceptionnelle, jetez-vous sur l’ouvrage de Catel & Bocquet (après avoir zyeuté rapidement sa page wikipédia)

Olympe de Gouges, féministe 100% pur jus, fidèle jusqu’à la mort dans ses convictions politiques et humanistes, méritait bien une bande dessinée. De nombreux ouvrages ont été réalisés sur l’héroïne de la Révolution Française, que ce soient des écrits historiques, des biographies ou encore des ouvrages pour la jeunesse. Catel et Boquet signent ici un registre dans lequel Olympe de Gouges n’avait pas encore fait son apparition. 

Les épisodes narrés sont justes, sans pathos, le scénario comme les dessins sont brillants, on s’attache très rapidement à ce petit bout de bonne femme énergique et un brin manipulateur qui meurt sous la folie humaine, au temps de la Terreur.

Olympe de Gouges, dans la lignée de Kiki de Montparnasse, est un hommage vibrant à une femme passionnée et passionnante ;  ce qui rend cette bande dessinée vraiment captivante. 

Olympe de Gouges de Catel & Bocquet
Editions Casterman écritures
9782203031777
406p., 24€

Un article de Clarice Darling

Signé Bookfalo Kill

Same player, shoot again !

Après un très bon premier volume sur les jeux vidéo et surtout sur les joueurs (voir ma chronique), Bastien Vivès revient comme prévu avec un deuxième tome consacré à la famille. Je ne sais pas vous, mais pour ma part, la couverture m’a tout de suite fait tilter :

Cette bannière bleu-blanc-rouge encadrant le titre : la famille, serait-elle un pur hasard, ou bien une allusion extrêmement ironique à certaine devise du gouvernement français en d’autres temps (nauséabonds), le tristement célèbre “travail-famille-patrie” ?

Après lecture, j’ai tendance à croire que la deuxième option l’emporte. Car la famille de Vivès est tout sauf angélique, très éloignée du modèle de perfection rêvée par le sinistre Maréchal. D’entrée de jeu, un petit garçon demande à son père ce que c’est qu’une turlutte, et le géniteur de répondre sans détours, tout en proposant clopes et bières à son rejeton. Plus loin, une grand-mère pourrit littéralement d’insultes son petit-fils qui a le malheur de trouver les filles nulles.
Et tout est à l’avenant : discussions sexuelles trashs, pères machos ou qui s’emmerdent en famille, cadeaux d’anniversaire inattendus, problèmes de communication entre générations…

Vivès est parfois méchant mais souvent drôle ; féroce mais très observateur. Les dialogues, impeccables, font tout l’intérêt de ses strips, tandis que son dessin reste elliptique, minimaliste. Cela peut déplaire à certains lecteurs, qui trouvent l’auteur limite feignant sur le coup, mais moi, j’adhère et j’adore.
Et puis, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de dessins tirés d’un blog – et que dans ce registre, très représenté depuis quelque temps par les éditeurs de B.D. allant chercher sur le Net l’originalité qu’ils ne trouvent peut-être plus ailleurs, Bastien Vivès est largement au-dessus du lot.

Si vous avez fait du politiquement correct votre mode de pensée, ou bien si vous pensez que Jean-Marie Le Pen avait bien raison de vouloir renvoyer les femmes à leur place, c’est-à-dire à la cuisine, alors passez votre chemin. Sinon, foncez !

La Famille, de Bastien Vivès
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2859-0
189 p., 9,95€

Signé Bookfalo Kill

Une B.D. pour geeks, écrite par un geek sur les geeks : tel pourrait être le résumé du nouveau Bastien Vivès. Et, comme tout résumé, il serait un peu réducteur – même si…

Sans équivoque, le titre et son look “arcade” annoncent la couleur. Il est question de jeux vidéo (quelle surprise), et pas du petit jeu passe-temps pour gentils amateurs. Non, ici, on est dans le monde des gamers, les vrais des vrais, les purs et durs, avec leurs jeux de référence (surtout Street Fighter, mais pas que), leur langage, leurs vannes plus ou moins pourries et leur apparent hermétisme aux yeux du reste de l’univers. Ce qu’on appelle des geeks, donc.
Tout en admettant d’emblée en faire partie, Vivès ne se contente pas d’un hommage clin d’oeil à ce petit monde, et c’est tout l’intérêt de la chose. Organisées en longs strips, ces histoires déroulent successivement des attitudes et des situations souvent hilarantes : relations de couple qui virent à l’orage, conflits de génération (qui ne tournent pas forcément à l’avantage des plus jeunes et supposés plus “branchés”), ambiances surréalistes des salles de jeux où ça vanne à tout va… Sous l’humour et les réféfences, il n’est pas interdit de trouver, saisi sur le vif et sans prétention exagérée, un cliché sociologique d’une époque, dans laquelle le monde virtuel occupe une place de plus en plus importante.

Par ailleurs, ce qui fait l’originalité de la chose, au-delà de son seul sujet, c’est le dessin de Bastien Vivès. Son trait en noir et blanc, très simple en apparence, réduit les personnages et les décors à des esquisses néanmoins très parlantes, très expressives, en dépit du fait qu’elles sont souvent statiques. C’est efficace et en même temps très beau, et surtout totalement inhabituel pour des strips, dont les dessins sont souvent moins élégants.

Ce style offre un équilibre réussi à des dialogues enlevés, où l’usage sans modération de termes techniques de joueurs n’empêche pas trop la compréhension des histoires, car l’essentiel est évidemment ailleurs. Bon, j’imagine qu’il faut tout de même être un peu familier de l’univers des jeux vidéo… C’est tout juste mon cas – pas plus, n’ayant jamais pratiqué ni les consoles ni les jeux comme Street Fighter -, et j’ai vraiment lu avec plaisir ce petit volume.

Petit par la taille, bien sûr, puisque la collection Shampooing des éditions Delcourt a eu l’idée futée de publier le Jeu vidéo en format manga. Cela pourrait attirer des lecteurs plus jeunes que le panel habituel de Bastien Vivès, tout en étant parfaitement adapté au style strip et à un prix plutôt gentil (on notera le coup de frein juste avant le seuil psychologique des 10€… Malin !)

Pour finir, il faut savoir que Vivès a initialement publié ces dessins sur son blog, intitulé Comme quoi. Bonne nouvelle, Shampooing publiera d’autres recueils dans les semaines à venir selon le même principe. A venir : la famille, l’amour, la blogosphère… Tout un programme, que j’ai hâte de découvrir sous la jolie plume de cet auteur inspiré.

Le jeu vidéo, de Bastien Vivès
Editions Delcourt, collection Shampooing, 2012
ISBN 978-2-7560-2858-3
192 p., 9,95€

Bastien Vivès sera au Festival de bande desinée d’Angoulême, du 26 au 29 janvier 2012. Pour en savoir plus : http://www.bdangouleme.com/
Sinon, on parle en bien du Jeu vidéo ici : le blog BD de Madmoizelle, Bodoï
Et en moins bien là : Planète BD

Plutôt pour, par Bookfalo Kill


Il a beau n’avoir vécu que cinquante ans,
Stieg Larsson a eu une vie bien remplie, dont la publication post mortem de sa trilogie désormais culte, Millenium, n’est finalement qu’un point d’orgue logique. Le mérite de la bande dessinée qui vient de paraître chez Denoël, Stieg Larsson avant Millenium, est de parvenir à illustrer l’existence du journaliste devenu romancier en quelques moments choisis, répartis en trois actes : l’enfance, la formation, la lutte.

Passée une métaphore balourde sur le fascisme à base de chasse et de renard, la première partie met en lumière l’enfance singulière de Stieg Larsson, séparé de ses parents au cours de ses premières années, et élevé par ses grands-parents. On y voit Severin, le grand-père, assurer l’éducation politique du jeune garçon, farouchement anti-fasciste.
Deuxième partie : en 1977, Larsson part en Erythrée former des combattantes au maniement des armes de guerre. Pourquoi, comment, rien n’est expliqué malheureusement. Le seul intérêt de ce passage est de montrer l’engagement sur le terrain du journaliste.
Enfin, la troisième partie raconte rapidement la fondation d’Expo, la revue créée par Larsson dans le but de lutter contre l’extrême-droite, dont l’audience s’élève dangereusement en Suède au milieu des années 90. Expo, la revue dont l’existence et le combat inspireront Millenium à Larsson…

Auteur de thrillers, Guillaume Lebeau a été profondément marqué par la trilogie romanesque du journaliste suédois. Au point de devenir un passionné de littérature policière nordique et d’être aujourd’hui étiqueté spécialiste français du “polar venu du froid”. Auteur d’une enquête biographique sur Stieg Larsson (le Quatrième Manuscrit), il n’a de cesse depuis de revenir à son sujet de prédilection.

Côté dessin, le noir et blanc crayonné de Frédéric Rébéna est efficace, surtout quand il s’attache – et il le fait souvent – à saisir les expressions de visage les plus dures ; celles, déterminées, de Stieg Larsson, ou celles, hostiles, des néo-nazis défilant dans les rues de Stockholm. Les paysages de forêt suédoise rendent bien également.
La bande dessinée mérite surtout son nom dans les deux premières parties, articulées autour d’une action définie : la chasse au renard, la formation des combattantes. En revanche, dans la troisième partie, l’absence de scénario précis limite le travail de Rébéna à des scènes dialoguées convenues (promenades dans la rue, discussions au lit…) et sans intérêt visuel.

C’est là sans doute la limite de cette adaptation biographique en BD : résumé du précédent ouvrage de Guillaume Lebeau sur le sujet, on n’y apprend rien de neuf pour peu qu’on se soit déjà intéressé à l’affaire. En revanche, pour les novices en milleniumologie qui voudraient commencer à découvrir qui se cache derrière le masque de Blomkvist et Salander, cela peut constituer une bonne entrée en matière.
Mais existe-t-il encore vraiment des gens qui ignorent tout de la vie de Stieg Larsson, au point de ne pas se sentir à l’étroit dans cet ouvrage finalement très succint et elliptique ?


Carrément contre, par Clarice Darling


Il était une fois, un gentil petit garçon élevé  par ses grand-parents au fin fond d’un pays où il fait tout le temps froid. Son papi était très gentil, quelqu’un de bien, qui prenait soin de son petit-fils comme de son propre fils. Mami était bien aussi, elle faisait de très bonnes boulettes de viande, spécialité de Suède.

Vous l’aurez compris, cet énième ouvrage sur Stieg Larsson ne nous apprend pas grand chose sur le passé du célèbre auteur de la trilogie Millenium. Sous forme de bande-dessinée (au dessin pas très heureux), l’ouvrage se découpe en trois parties. La première, un morceau de son enfance, choisi comme un cheveu sur la soupe pour pondre une sorte de morale qui ne prend pas. En second plan, on retrouve Monsieur Larsson en Erythrée dans les année 70. Pourquoi Stieg Larsson est parti enseigner aux guérillero le maniement des armes? Personne ne le sait vraiment. Pas même Eva, sa compagne. A moins qu’elle ne taise certaines choses… Et enfin, la dernière partie concerne les années 1995-1996 et 2004. Le lancement et développement de sa revue Expo est vaguement évoqué, tout comme le fait que Stieg Larsson soit fortement énervé contre les néo-nazis. Au moment où on croit toucher au happy end avec l’édition des trois premiers tomes de Millenium, le malheureux décède, laissant des millions de lecteurs orphelins.

Alors… Stieg Larsson avant Millenium ne nous apprend pas grand chose sur l’auteur. On savait déjà tout ou presque. Si vous ne connaissez pas l’auteur et que vous voulez vraiment avoir un avis intéressant sur sa vie, plongez vous dans Millenium, Stieg et moi, d’Eva Gabrielsson, la compagne de Stieg Larsson, publié l’année dernière chez Actes Sud. L’ouvrage de Guillaume Lebeau n’est qu’une resucée édulcorée, version BD, de tout ce qui a pu se dire sur Larsson. Evidemment, marketing oblige, cet ouvrage sort au même moment que le film américain de David Fincher…

Stieg Larsson avant Millenium, de Guillaume Lebeau & Frédéric Rébéna
Editions Denoël Graphic, 2012
ISBN 978-2-207-11272-4
64 p., 13,50€

Signé Bookfalo Kill

Vous ne connaissez peut-être pas Jules. Même si c’est fort dommage, je vous pardonne bien volontiers, parce que :
1/ on ne peut pas tout savoir,
2/ vous allez sûrement vous rattraper vite fait,
3/ vous aurez alors l’ineffable plaisir de découvrir le très attachant héros récurrent d’Emile Bravo, chanceux que vous êtes.

Un petit rappel pour tout le monde, sans trop entrer dans les détails : Jules a environ douze ans, un cochon d’inde nommé Bidule, une petite amie anglaise prénommée Janet, des parents largement cinquantenaires et un petit frère plus âgé que lui, ainsi que d’excellents amis extra-terrestres. (Si tout ceci vous semble obscur ou loufoque, c’est normal, mais vous comprendrez tout en lisant les cinq premières aventures de Jules.)
Dans ce sixième opus, Tim et Salsifi, les amis E.T. de Jules, débarquent chez lui pour le prévenir qu’une comète en folie fonce sur la Terre et s’apprête à anéantir l’humanité. Il reste cependant une chance d’éviter le désastre : Jules et Janet doivent convaincre le Grand Conseil des aliens, réuni en conclave dans une base secrète de la Lune, que les êtres humains sont sauvables, et peuvent à l’avenir mieux se comporter avec leur planète ainsi qu’entre eux… Pour cela, ils doivent accomplir une mission : détourner Sylvain-Bernard Pipard, l’entrepreneur le plus puissant du monde, de son projet de transformer l’Antarctique en puits de pétrole géant.

Emile Bravo ne prend pas les enfants pour des imbéciles. Les bandes dessinées qu’il imagine et dessine pour eux sont intelligentes, pleines d’humour et de références. A ce titre, sa série consacrée aux épatantes aventures de Jules est magistrale, alliant aventures échevelées et réflexions scientifiques et morales. Le sixième tome ne déroge pas à la règle. Il y est cette fois question d’écologie, de la manière dont les hommes maltraitent leur planète.
Si l’humour est toujours aussi présent, Bravo prend le temps d’être grave, mine de rien, et consacre 78 pages à sensibiliser ses jeunes lecteurs à la nécessité de prendre soin de la Terre. Surtout, il le fait sans manichéisme ni bons sentiments, avec subtilité. En égratignant, au passage, le comportement irresponsable des hommes politiques sur une question aussi essentielle pour la survie de notre espèce. Le fait que Pipard ait pour ami un certain Président Salami (!!!), petit et caractériel, n’est sans doute pas une coïncidence…

Héritier de la ligne claire d’Hergé, Bravo enrobe ses histoires dans un dessin riche et chaleureux, qui fourmille de détails et d’idées rigolotes. Dans chaque case, dans chaque arrière-plan, il y a à voir. Il s’amuse comme un fou avec ses personnages, notamment avec son bestiaire d’extra-terrestres, qui s’enrichit de quelques créatures bien loufoques dans cet épisode. Jules et Janet sont toujours aussi mignons et attachants, les parents de Jules à côté de la plaque et son frère Roméo délicieusement bas du front.

Pour résumer, Emile Bravo, c’est formidable, c’est pour les enfants (à partir de dix ans) comme pour les grands, parents ou pas. De la B.D. à la fois classique et inventive, drôle et intelligente. Bref, c’est à lire de toute urgence.

Une épatante aventure de Jules (tome 6) : un plan sur la comète, d’Emile Bravo
Éditions Dargaud, 2011
ISBN 978-2-205-06825-2
78 p., 14,95€

Signé Bookfalo Kill

Pour en finir avec le cinéma, Blutch - ou plutôt un alter ego dessiné qui lui ressemble diablement – en parle en long, en large et en travers. Devant plusieurs femmes, il râle, radote, ratiocine, clame à la fois son amour et sa lassitude du Septième Art. Enfin, si j’ai bien compris, ce dont je doute. (D’ailleurs, si quelqu’un a trouvé un fil narratif dans ce galimatias, qu’il m’envoie une fusée éclairante, d’avance merci.)

Dès la première case, Blutch nous prévient pourtant en citant l’écrivain André Hardellet : “…ces scènes – et quelques autres – prennent place, naturellement, dans le film de cinéma pur que j’ai souvent rêvé de composer et qui ne raconterait pas une histoire, qui n’aurait ni commencement ni fin (…)”
A l’abri du patronage intellectuel de son prédécesseur, le dessinateur compose donc un patchwork d’images et de références, qui constituent autant d’hommages au cinéma qu’il aime. Une sorte de catalogue de cinéphile, en somme.

Au fil des pages, on croise Michel Piccoli, auquel le narrateur voue un culte immodéré ; Catherine Deneuve, Rita Hayworth, Burt Lancaster, Orson Welles, Visconti… L’apparition la plus étrange revenant – est-ce bien étonnant – à Jean-Luc Godard, croqué en pêcheur taciturne de poissons desséchés.
Le dessinateur reprend également des scènes illustres : la valse du Guépard, King Kong, le dialogue Bardot-Piccoli du Mépris ; à d’autres moments encore, on soupçonne d’autres références, plus obscures – pour moi en tout cas.

Et donc, comme tout cinéphile qui se respecte lorsqu’il masturbe sa science, Blutch finit par devenir aussi chiant qu’incompréhensible. Son propos est décousu et devient vite abscons. On dirait l’un des derniers films de Godard. Je dis ça, je ne suis pas objectif, je n’ai jamais aimé Godard – ce qui m’interdit sans doute de prétendre moi-même au titre de cinéphile. Tant mieux, je n’y tiens pas plus que ça, je préfère aimer le cinéma à ma façon, loin des chapelles, des théories et des ergotages.
D’un point de vue graphique, j’ai un peu de mal à saisir le sens des variations chromatiques choisies par l’auteur ; à intervalles réguliers, en effet, une nouvelle couleur dominante nimbe l’ensemble des cases… Au début, j’ai cru que c’était pour marquer les changements de séquence, mais non. Pour autant, le résultat n’est pas laid, et le trait de Blutch bien présent, singulier, plein de caractère. C’est déjà ça.

Il est très probable que, tôt ou tard, les Inrocks s’extasient sur Pour en finir avec le cinéma. J’aurai alors la confirmation définitive que cet album n’était pas pour moi. Ou qu’il incarne tout ce que je n’aime pas au sujet du cinéma : beaucoup de bavardage et de considérations intellos pour pas grand-chose.

P.S. : oui, vous avez le droit de trouver la couverture un peu effrayante… Si j’étais Ava Gardner, je ne serais pas très contente de ressembler à Jim Morrison sous acide !

Pour en finir avec le cinéma, de Blutch
Editions Dargaud, 2011
ISBN 978-2-205-06702-6
80 p., 19,95€

Signé Bookfalo Kill

La première case est entièrement noire.
Au centre de la suivante, un point blanc.
Le point blanc grossit dans les sept cases suivantes, devient un ensemble de silhouettes humaines se découpant sur un mur blanc.
Au fil des cases, on continue à avancer, vers le visage d’un homme qui regarde par une fenêtre.
Dans l’oeil de l’homme se reflète un Smartphone.
On plonge dans l’objectif photo du Smartphone pour découvrir le visage de l’homme qui le tient – et un autre homme derrière lui, qui le tient en joue…

Et ainsi de suite jusqu’à la fin d’une BD hallucinante, époustouflante.
3″ est sous-titré Un zoom ludique par Marc-Antoine Mathieu. La précision éclaire le projet du dessinateur : raconter toute une histoire selon le principe visuel du zoom avant. Lequel zoom avant est continu du début à la fin, les images et les séquences s’enchaînant grâce à un savant jeu de miroirs et de reflets. Une ampoule électrique, un vase, une montre, une bague, une dent en or (!) ou la caméra d’un satellite (!!!) : autant d’objets réfléchissants qui permettent de réorienter le récit vers une autre séquence, sans rupture narrative.

En gros, cela donne ceci :

L’idée est géniale et le traitement brillantissime, d’autant plus que Mathieu se passe totalement de dialogues. Tout passe par le dessin – en noir et blanc, à la fois épuré et diablement inventif -, les cadrages, les enchaînements, les plus petits détails cachés dans les cases. L’effet est vertigineux, tant on se sent happé, aspiré par l’image.

Ce qui est encore plus fort, c’est que le dessinateur ne se cantonne pas à un simple exploit technique. Comme je le disais plus haut, il raconte une histoire, dont les multiples micro-épisodes se déroulent… en trois secondes. “Le temps pour la lumière de parcourir 900 000 km…”
Je vous en dirais bien davantage, mais : 1/ le dessinateur se charge de le faire lui-même au début de l’album ; 2/ ce serait entamer le plaisir de l’enquête, de la chasse aux indices…
A vous de jouer, donc !

Et pour prolonger l’expérience (et enfoncer le clou), Marc-Antoine Mathieu présente également son histoire en version numérique. A titre personnel, je ne suis pas sûr que cela apporte grand-chose, mais là encore, à vous de vous faire votre idée. C’est sur le site des éditions Delcourt
A voir également, la bande-annonce de la B.D.

3″, de Marc-Antoine Mathieu
Éditions Delcourt, 2011
ISBN 978-2-7560-2595-7
80 p., 14,95€

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